« Chat Control » est le nom donné au projet européen de détection des contenus pédocriminels dans les communications en ligne, y compris les messageries privées, qui met en tension la protection des enfants et la confidentialité des échanges.
Peu de textes européens ont été déclarés « morts » aussi souvent, et peu sont revenus avec autant de régularité. En juillet 2026, la dérogation temporaire est revenue en vigueur alors que plus d'eurodéputés avaient voté contre elle que pour. Le règlement permanent est toujours en négociation, et la France fait partie des États membres qui souhaitent le champ le plus large. L'issue concerne les ministères, les armées, les fournisseurs de la défense et les opérateurs d'énergie, car elle déterminera dans quelle mesure ils garderont la maîtrise de l'accès à leurs communications. Dans ce guide, nous verrons :
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L'essentiel
Chat Control est le nom communément donné au projet de l'Union européenne de détecter les contenus pédocriminels (CSAM) et le grooming dans les communications en ligne. La proposition officielle, le règlement visant à prévenir et à combattre les abus sexuels sur enfants (CSAR), a été présentée par la Commission européenne en mai 2022.
La protection des enfants en ligne est un objectif que tout le monde partage, et le problème s'aggrave. Selon la Commission européenne, les signalements de nouveaux contenus pédocriminels sont plus de 200 fois plus nombreux qu'il y a trois ans, principalement à cause de l'intelligence artificielle, et les signalements de grooming 12 fois plus nombreux. La question est de savoir comment y répondre : faut-il analyser les messages privés, et à quel prix pour la sécurité des outils que gouvernements, entreprises et familles utilisent chaque jour ?
La confusion vient du fait que deux instruments juridiques distincts partagent le même nom.
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Chat Control 1.0 |
Chat Control 2.0 (CSAR) |
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Forme juridique |
Dérogation temporaire à la directive ePrivacy (règlement (UE) 2026/1881) |
Règlement permanent sur les abus sexuels sur enfants |
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Analyse des messages |
Volontaire, par les fournisseurs qui le choisissent |
Obligations légales, dont d'éventuels ordres de détection |
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Chiffrement de bout en bout |
Expressément exclu |
Toujours en négociation |
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Statut |
En vigueur jusqu'au 3 avril 2028 |
En trilogue ; sixième réunion le 29 septembre 2026 sans accord global |
Le premier régime date de 2021. Il a expiré le 3 avril 2026 après que le Parlement européen a refusé, le 26 mars, de le prolonger, à une voix près (307 contre 306). Le Conseil est alors revenu par une procédure d'urgence : le Parlement a voté l'urgence le 7 juillet, puis, le 9 juillet, 314 eurodéputés ont voté contre la reprise du texte et 276 pour. Le rejet en seconde lecture exigeant une majorité absolue de 361 voix, le texte du Conseil a été maintenu.
Le Parlement a toutefois adopté, ce même jour, des amendements excluant les communications chiffrées de bout en bout, par 369 et 362 voix, comme le détaille Toute l'Europe. Le Conseil a donné son accord définitif le 23 juillet 2026 : le règlement (UE) 2026/1881 prolonge la détection volontaire hors chiffrement de bout en bout jusqu'au 3 avril 2028.
C'est la version permanente du CSAR. Elle prévoit un nouveau centre européen, des obligations de réduction des risques pour les fournisseurs de services et une base juridique pour des ordres de détection. C'est sur ce texte que les négociateurs s'opposent encore.
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Date |
Événement |
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11 mai 2022 |
Proposition de la Commission (règlement CSAR) |
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9 décembre 2025 |
Premier trilogue |
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26 mars 2026 |
Le Parlement refuse de prolonger la dérogation (307 contre 306) |
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3 avril 2026 |
Expiration de Chat Control 1.0 |
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29 juin 2026 |
Cinquième trilogue : accord provisoire sur tout sauf la détection ; références à la vérification d'âge supprimées |
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9 juillet 2026 |
Rejet en seconde lecture échoué (314 contre 276, 361 requis) ; amendements excluant le chiffrement de bout en bout adoptés |
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23 juillet 2026 |
Accord définitif du Conseil sur le règlement 2026/1881 |
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29 septembre 2026 |
Sixième trilogue, sans accord global |
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Novembre 2026 |
Nouveau trilogue attendu, date non annoncée |
La détection repose sur deux techniques. La comparaison de hachages compare l'empreinte numérique d'une image ou d'une vidéo à une base de contenus abusifs connus. Les classificateurs d'apprentissage automatique cherchent à reconnaître des contenus inédits ou des schémas de grooming dans le texte, mais ils sont bien plus sujets aux faux positifs.
Quand un service peut lire le contenu des messages sur ses serveurs, l'analyse s'y fait. Le chiffrement de bout en bout change la donne : seuls les appareils de l'expéditeur et des destinataires détiennent les clés, et le serveur ne voit que du texte chiffré. Analyser le contenu chiffré de bout en bout supposerait de le faire sur l'appareil lui-même, avant le chiffrement ou après le déchiffrement. Cette approche, appelée analyse côté client, est au cœur technique du litige. Le Comité européen de la protection des données et le Contrôleur européen de la protection des données se sont opposés à certains éléments du CSAR dans plusieurs avis, et des cryptographes avertissent depuis des années qu'un scanner qui lit le texte en clair sur chaque appareil crée un nouveau point de défaillance.
Avec Chat Control 1.0, l'analyse est menée par les fournisseurs qui le souhaitent, sur des services sans chiffrement de bout en bout : principalement des messages privés et des e-mails sur quelques grandes plateformes, surtout américaines. Les conversations chiffrées de bout en bout restent hors de sa portée. Les discussions classiques de Telegram, par exemple, ne sont pas chiffrées de bout en bout (seules les discussions secrètes le sont), ce qui les place dans la catégorie pouvant être analysée volontairement : voir notre analyse de la sécurité de Telegram. Aucune des deux versions n'exige aujourd'hui des systèmes d'exploitation qu'ils analysent les messages. Apple a d'ailleurs abandonné en 2022 son projet d'analyse sur appareil après de vives critiques, ce qui montre combien la technique reste controversée.
Chat Control 1.0 est adopté et en vigueur. Le règlement (UE) 2026/1881, dérogation temporaire à la directive ePrivacy, permet aux fournisseurs de messagerie web et de messagerie instantanée de continuer à utiliser des technologies de détection des contenus pédocriminels, jusqu'au 3 avril 2028. Son champ d'application exclut les communications interpersonnelles protégées par un chiffrement de bout en bout.
Chat Control 2.0 n'est pas adopté. Le sixième trilogue, le 29 septembre 2026 à Bruxelles sous présidence irlandaise du Conseil, s'est achevé sans accord global, après cinq cycles sans consensus. Selon l'association Stop Chat Control, qui s'appuie sur les informations de l'ancien eurodéputé Patrick Breyer et sur un document du Conseil, les négociateurs se sont accordés à titre provisoire sur la détection dans les contenus publics, tandis que le scan des communications privées reste en discussion. Le texte devrait aussi préciser que les autorités ne peuvent pas imposer le scan volontaire de communications privées par le biais des « mesures d'atténuation des risques ». Un nouveau trilogue est attendu en novembre. Ces informations émanent d'une association opposée au texte : vérifiez l'état de la négociation avant de décider.
Avant le trilogue, une note interne datée du 18 septembre faisait le point. La présidence irlandaise proposait que les plateformes puissent être tenues de rechercher les contenus abusifs connus dans les contenus publics, et que les fournisseurs puissent continuer à analyser volontairement les messages privés, pour les contenus connus comme pour les nouveaux contenus et les tentatives de grooming. Le Parlement européen veut aller moins loin : un filtrage automatique limité aux contenus connus, sous le contrôle de tribunaux ou d'autorités indépendantes. L'Irlande a aussi suggéré de cibler les ordres sur des parties d'un service ou des utilisateurs précis, et, à défaut d'accord, d'exclure totalement les messages privés du champ d'application.
Wire chiffre par défaut chaque message, appel et fichier de bout en bout, sans option à activer ni mode non chiffré. Les clés de chiffrement sont stockées sur les appareils des utilisateurs, et les serveurs de Wire acheminent des données chiffrées qu'ils ne peuvent pas lire. Les conversations Wire relèvent donc de la catégorie exclue par la dérogation de 2026. Wire n'a pas accès au contenu des messages et ne les analyse pas.
Cette protection repose sur Messaging Layer Security (MLS, RFC 9420), le standard ouvert de l'IETF pour les communications de groupe chiffrées de bout en bout. MLS offre la confidentialité persistante, qui protège les messages passés si une clé est compromise, et la sécurité après compromission, qui rétablit la protection d'une conversation après la compromission d'un appareil. Les clients et le serveur de Wire sont open source, ce qui permet aux équipes de sécurité et aux auditeurs de vérifier qu'aucun composant caché d'analyse ou de dépôt de clés n'existe. Les organisations qui veulent un contrôle total peuvent aussi opter pour un déploiement sur site, ou, en France, pour Wire sur Cloud Temple, sur une infrastructure qualifiée SecNumCloud par l'ANSSI, et garder la maîtrise des clés, de l'infrastructure et de la juridiction.
Le dernier cycle de négociation avant l'été s'est achevé sans accord : le principal point d'achoppement est la volonté du Conseil d'autoriser durablement l'analyse des messages privés sans soupçon. Les négociateurs ont en revanche progressé sur la suppression de la vérification d'âge obligatoire.
Pour la messagerie chiffrée, la question centrale est : le règlement final s'appliquera-t-il aux services chiffrés de bout en bout ? Si oui, les messages devraient être analysés sur l'appareil avant d'être chiffrés. La promesse que seules les personnes qui participent à une conversation peuvent la lire s'accompagnerait alors d'une exception légale intégrée à l'application, sur chaque téléphone.
Cette exception créerait une nouvelle surface d'attaque. Un composant qui lit le texte en clair et une chaîne qui transmet les contenus signalés aux autorités sont des cibles de grande valeur pour des attaquants soutenus par des États. La campagne Salt Typhoon, attribuée par les autorités américaines à des acteurs liés à la Chine, a montré ce qui arrive quand l'accès prévu pour l'interception légale est compromis dans des réseaux de télécommunications.
Les taux d'erreur comptent aussi. Les classificateurs qui visent les contenus nouveaux et le grooming se trompent, et chaque faux positif envoie les photos ou conversations privées d'une personne à un examinateur humain. Un régime volontaire permanent pour les services non chiffrés ferait de l'analyse l'état par défaut de la messagerie privée en Europe.
Un résultat plus restreint changerait beaucoup de choses. Si le texte final limite les ordres de détection aux contenus connus sur des plateformes publiques et exclut les communications privées chiffrées, l'impact direct sur les services chiffrés de bout en bout serait minime.
En France, deux éléments éclairent le débat. D'abord, la position du gouvernement dans les négociations : selon la presse et les associations, la France fait partie des États membres qui soutiennent une approche plus ferme que le Parlement européen. Ensuite, la tentation récurrente des accès aux messageries chiffrées : en mars 2025, un amendement adopté au Sénat dans la loi sur le narcotrafic voulait contraindre les messageries à fournir aux autorités les clés de déchiffrement ; l'Assemblée nationale l'a rejeté par 119 voix contre 24. En janvier 2026, le Premier ministre a confié au président de la commission des lois de l'Assemblée une mission sur l'accès des enquêteurs et des services de renseignement aux communications chiffrées.
Pour une organisation, cela veut dire que la question de l'accès aux communications chiffrées reviendra, par cycles, au niveau national comme européen.
Le risque le plus sérieux concerne le travail quotidien entre organisations. Administrations, armées, fournisseurs de la base industrielle et technologique de défense et partenaires se coordonnent souvent par des applications grand public. Dans l'étude State of Secure Collaboration 2026 de Wire, 42 % des RSSI déclarent que leurs organisations utilisent WhatsApp, Signal ou des applications similaires pour le travail. Ce sont des services publics : toute future règle d'analyse leur serait applicable. Les limites de ces outils sont détaillées dans notre analyse du chiffrement de WhatsApp, et les exigences des secteurs critiques dans notre guide de la communication interne sécurisée.
La position de l'Allemagne pèse lourd au Conseil. En octobre 2025, le gouvernement fédéral a indiqué qu'il ne soutiendrait ni l'analyse des messages sans soupçon, ni l'affaiblissement des communications chiffrées, ce qui a fait reporter le vote prévu au Conseil. Le projet initial excluait déjà les outils de communication internes utilisés par une seule organisation ou autorité, afin de protéger les informations classifiées.
Cherchez un chiffrement de bout en bout activé par défaut pour chaque message, appel, fichier et conversation de groupe, sans réglage à penser à activer. Vérifiez que le protocole est un standard ouvert et évalué par les pairs, comme MLS, et que le code est open source et audité de façon indépendante. Assurez-vous que le fournisseur n'a pas accès à vos clés et que le service peut être hébergé chez vous ou sur un cloud de confiance quand votre modèle de menace l'exige. Des évaluations indépendantes apportent une garantie qui dépasse les affirmations du fournisseur : en France, certification CSPN de l'ANSSI pour un produit, qualification SecNumCloud pour l'hébergement. La gouvernance compte aussi : l'usage de WhatsApp pour le travail est en soi un risque.
Pour comparer les solutions, consultez notre comparatif des messageries sécurisées pour entreprises et notre aperçu des applications de messagerie européennes.
Wire s'est opposé à cette proposition dès le départ et a publié plusieurs analyses sur le sujet, en anglais. Si vous souhaitez faire entendre votre voix, des outils citoyens comme Fight Chat Control permettent de contacter vos eurodéputés. Notre position est celle d'un éditeur de messagerie chiffrée : elle n'est pas neutre, et nous vous invitons à croiser les sources.
Chat Control 1.0 est en vigueur jusqu'au 3 avril 2028 et exclut le chiffrement de bout en bout. Chat Control 2.0 reste en négociation, avec un nouveau trilogue attendu en novembre, et rien n'est acquis pour le chiffrement. Pour une organisation, le chiffrement de bout en bout par défaut, la maîtrise de l'hébergement et la sortie des applications grand public pour les échanges sensibles sont les meilleures protections, quelle que soit l'issue.
Wire sur Cloud Temple fait partie des options pour y parvenir : une messagerie chiffrée de bout en bout par défaut, déployée sur une infrastructure qualifiée SecNumCloud par l'ANSSI.
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