Berlin est devenu le centre du débat numérique européen cette semaine, alors que des chefs d'État, des ministres et des chefs d'entreprise se sont réunis pour le sommet européen sur la souveraineté numérique. Cette journée a été marquée par un symbolisme politique, des annonces stratégiques et un message commun : L'Europe est prête à jouer un rôle plus actif dans l'élaboration de son avenir numérique.
Benjamin Schilz, PDG de Wire, a participé à l'événement aux côtés de partenaires de longue date, dont Christophe Lesur, PDG de Cloud Temple, alors que la France et l'Allemagne exposaient leurs attentes pour un écosystème technologique européen plus souverain et plus résilient.
Un signal clair : L'Europe veut construire et pas seulement réglementer
Dès le départ, la France et l'Allemagne ont clairement indiqué que la souveraineté numérique n'était plus un objectif politique théorique. Elle devient un impératif stratégique.
Le président français Emmanuel Macron a donné le ton en insistant sur la préférence européenne en matière de marchés publics, arguant que l'Europe ne peut se permettre d'être la seule région qui n'achète pas systématiquement sa propre infrastructure numérique. Le chancelier allemand Friedrich Merz a renforcé cet accent en qualifiant le prochain paquet réglementaire "omnibus" de l'UE de "test décisif" pour le sérieux de l'Europe en matière de compétitivité.
Le ministre fédéral allemand du numérique, Karsten Wildberger, a fortement insisté sur le fait que l'IA est une capacité stratégique que l'Europe doit développer elle-même, et non simplement importer. Il a présenté l'IA non pas comme un outil, mais comme un moteur de résilience économique, à condition que l'Europe accélère sa capacité d'innovation.
Il en est ressorti une reconnaissance commune du fait que la réglementation ne peut à elle seule assurer la souveraineté.
Pour que l'Europe acquière une véritable indépendance, elle doit construire des infrastructures en nuage, des plateformes sécurisées et des systèmes d'IA appliqués, à grande échelle et avec la participation de l'industrie européenne.

Des milliards de promesses, mais peu de clarté sur l'exécution
L'une des annonces marquantes du sommet a été l'engagement collectif de 12 milliards d'euros de la part d'entreprises volontaires, principalement dans le cadre de partenariats dans les domaines de l'IA, des services en nuage et de l'infrastructure souveraine.
Parmi ceux-ci, le partenariat SAP × Mistral AI s'est distingué comme un exemple phare d'innovation européenne transfrontalière conçue pour servir l'administration publique et les secteurs réglementés.
Une liste plus large de collaborations industrielles franco-allemandes a été présentée, couvrant la cybersécurité, la défense, les technologies profondes et les applications d'IA avancées. Ces partenariats ont donné un aperçu de ce à quoi pourrait ressembler une politique industrielle technologique européenne dans la pratique.
Bien que le sommet n'ait pas annoncé de nouveau projet industriel numérique commun, le volume et la diversité de ces collaborations suggèrent une évolution claire vers un renforcement coordonné des capacités européennes.
Simplification de la réglementation
S'il est un message qui s'est répété tout au long de la journée, c'est bien celui de la nécessité de simplifier et d'harmoniser les règles de l'UE en matière de numérique.
La France et l'Allemagne se sont toutes deux prononcées en faveur d'un report de 12 mois des obligations "à haut risque" de la loi sur l'IA, non pas pour affaiblir la législation, mais pour améliorer sa mise en œuvre et donner aux entreprises le temps de s'adapter de manière responsable.
La Commission européenne a introduit l'idée d'un "Digital Fitness Check", un mécanisme récurrent destiné à rationaliser les réglementations qui se chevauchent, à réduire la charge administrative et à améliorer la cohérence réglementaire globale. Cette démarche s'inscrit dans le cadre d'efforts plus larges visant à consolider les règles de protection des données et à introduire une approche fondée sur le risque pour l'application du GDPR.
L'objectif sous-jacent est simple :
Une Europe plus compétitive a besoin d'un environnement réglementaire qui soutient - et non ralentit - l'innovation.
La souveraineté de l'informatique dématérialisée occupe le devant de la scène
Un autre thème central a été la pression exercée pour réduire la dépendance structurelle à l'égard des hyperscalers non européens.
Les intervenants ont insisté sur les points suivants
- le renforcement des capacités souveraines de l'Europe en matière d'informatique dématérialisée
- l'élaboration de normes d'achat européennes pour l'administration publique
- soutenir les infrastructures en nuage qui fonctionnent entièrement sous la juridiction de l'UE
- encourager l'interopérabilité et la résilience numérique
M. Macron a insisté sur la dimension politique de ce changement, affirmant que la souveraineté doit être mesurée non seulement dans la réglementation, mais aussi dans l'adoption réelle, dans les plateformes que les gouvernements déploient réellement et les technologies qu'ils choisissent de financer.
Pour des partenaires comme Cloud Temple, StackIT et d'autres actifs dans le développement du cloud souverain, le sommet a mis en évidence un alignement politique croissant derrière le travail qu'ils ont défendu pendant des années.
Un nouvel élan, mais le travail commence maintenant
Le sommet n'avait pas pour but de dévoiler un cadre de transformation unique. Il s'agissait plutôt de définir une orientation.
L'Europe signale qu'elle veut assumer la responsabilité de ses fondations numériques - en matière d'IA, de cloud, de cybersécurité, d'identité et d'infrastructure de données. L'ambition est claire. La phase suivante portera sur la mise en œuvre : construire les plateformes, rendre opérationnelles les préférences en matière d'approvisionnement et accélérer l'adoption de technologies sûres et souveraines.
Comme l'a résumé Benjamin Schilz après l'événement,
"La France et l'Allemagne ont fait preuve d'une grande ambition pour l'Europe dans le domaine des technologies. L'Europe est de retour.
Pour des entreprises comme Wire, construites en Europe, engagées dans la transparence et alignées sur les principes du GDPR, du NIS2 et de la souveraineté numérique de l'UE, ce nouvel élan renforce un changement à long terme :
L'Europe est prête à investir dans ses propres fondations numériques.
Le sommet de Berlin marque une étape importante dans ce processus.
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